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Sunday, December 9, 2012

Comment Français et Chinois font leurs achats sur internet

Sur le même sujet» Achats de Noël en ligne : 10 conseils pour éviter les arnaques» Smartphones et tablettes vont remplir la hotte du père Noël» Pourquoi vous faites plus souvent vos courses de Noël sur internet 

A quelques semaines de Noël, la chasse aux bonnes affaires redouble. Et en la matière, internet est de plus en plus utilisé. Pour autant, les Français ont en la matière des habitudes qui différent des autres internautes et notamment des Chinois, selon l’enquête publiée jeudi 6 décembre du cabinet PriceWaterHouseCoopers (PwC) qui a étudié les pratiques des "web-acheteurs" dans 11 pays. 

Particularité des Français, ils préfèrent, à 82% acheter dans des magasins physiques les produits d’alimentation et à 73% des meubles alors qu'au niveau mondial la moyenne est de 69% et 58%. De même, alors que livres et musique sont majoritairement commandés sur internet par les acheteurs dans le monde (62%), moins d’un Français sur deux (48%) opte pour l’achat en ligne de ces produits culturels.

A l'inverse, dans les pays émergents, et surtout en Chine, on achète plus volontiers de tout sur internet. Le profil de l’acheteur chinois est davantage "connecté" et davantage porté sur la chasse aux bonnes affaires, relève PwC.

Les Chinois achètent plus sur les tablettes et smartphones

Autre différence, en Chine on adore acheter sur les tablettes et les smartphones. 40% des consommateurs s'y sont résolus, tandis qu’ils sont seulement 10% en France mais aussi aux Pays-Bas et en Allemagne.

Les Chinois sont aussi friands des offres dites de couponing (bons de réduction) et des recommandations d’amis ou d’experts sur internet, les deux premiers facteurs d’achat dans l’Empire du Milieu. Or, dans le reste du monde, ces facteurs n’arrivent qu’à la 5e ou 6e position.

Pas d’engouement pour l’achat sur Facebook

Un point commun toutefois entre les marchés développés et les émergents. Alors qu’ils tiennent une place plus importante au quotidien, en France ou en Chine, les réseaux sociaux ne sont pas perçus comme des canaux incontournables pour le shopping. Seuls 24% des web-acheteurs interrogés achètent via un réseau social, alors que 75 % d’entre eux les utilisent, souligne PwC. Ainsi, les Facebook, Twitter, Weibo en Chine et autres réseaux sont d’abord perçus comme le moyen d’interagir avec les marques pour 60% des acheteurs.

Surtout, le pouvoir de recommandation que l’on prêtait aux réseaux sociaux pour inciter à acheter ne semble pas aussi fort. Seuls 17% des internautes interrogés déclarent visiter la page d’une marque sur un réseau "parce que mes amis le font". Ils ne sont d’ailleurs que 11% à envisager à laisser un avis sur la page de la marque.

Amazon plébiscité

En France comme en Chine, les "pure-players", c’est-à-dire les sites de vente sans magasin, font une percée timide parmi les marques préférées pour acheter en ligne. Dans les deux pays, Amazon tire son épingle du jeu dans le Top 5 des marques. Mais Français et Chinois tendent à faire plutôt confiance au site traditionnel qui ont aussi pignon sur rue.

En France, ce sont les acteurs multicanaux nationaux qui sont le plus appréciés par les consommateurs. Ainsi, les personnes interrogées citent la Fnac, Yves Rocher, Carrefour, Darty et Auchan parmi leurs enseignes préférées vendant à la fois sur internet et dans des magasins.

Que l'on vende sur internet à destination du marché chinois ou français, l'enjeu est crucial pour les marques. "Bien que certaines attentes et pratiques soient partagées par l’ensemble des consommateurs de cette planète, il est primordial pour les entreprises de développer des stratégies spécifiques pour chacun des marchés ciblés", conclut Olivier Vialle, Associé PwC, Strategy.

Cette étude a été réalisée en ligne en juillet/août auprès de 11.067 web-acheteurs représentatifs dans 11 pays (Canada, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Russie, Allemagne, Turquie, Chine & Hong Kong, Suisse, France, Etats-Unis et Brésil), sélectionnés selon la méthode des quotas.

Wednesday, December 5, 2012

Notre-Dame-des Landes : comment l’Etat a manipulé les chiffres

Une barricade d’opposants, à Notre-Dame-des-Landes (SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA)

Un mot interpelle : celui de « manipulation », employé par le sénateur EELV Ronan Dantec le 17 novembre :

« Lors de l’enquête coût-bénéfice sur le projet, l’Etat a manipulé les chiffres. Au moment de calculer la valorisation en euros des gains de temps permis par le nouvel aéroport, les sommes ont été au moins doublées. Sans cela, l’enquête coût-bénéfice aurait été négative.

Cela a été fait sous la responsabilité du préfet de l’époque, Bernard Hagelsteen, aujourd’hui conseiller chez Vinci... Cela contribue à l’extrême fragilité de la légitimité démocratique de ce projet. »

Le propos est grave. Pour comprendre son origine, il faut aller consulter l’« instruction cadre relative aux méthodes d’évaluation économique des grands projets d’infrastructure de transport », publiée en 2005 par le ministère des Transports.

Ce document précise notamment comment valoriser monétairement les gains de temps de transport permis par les nouvelles infrastructures. Il est le document de référence auquel doivent se référer les agents de l’Etat qui ont charge d’opérer ces valorisations monétaires - ils ne sont cependant pas forcés de le faire.

Il explique ainsi, page 34, la « valeur du temps » à prendre en compte pour les « voyageurs interurbains », c’est-à-dire pour les gens qui se rendent à l’aéroport : pour les distances inférieures à 50 km, c’est ainsi 8,94 euros de l’heure (valeur 2000).

Si l’on applique cette valeur au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en la projetant en 2025 et en appliquant le taux d’inflation, on arrive à des valeurs s’étageant entre 18,6 euros et 20 euros, selon les différents scénarios de trafic.

C’est ce qu’observe page 20 de son rapport le cabinet néerlandais CE Delft, qui a mené une contre-expertise du dossier d’enquête d’utilité publique en 2011.

L’enquête publique a-t-elle pris ces valeurs, qui découlent de l’instruction cadre qu’elle devait appliquer ?

Non. Elle a utilisé des chiffres bien supérieurs. On arrive même à 98,10 euros pour le scénario n°2, qui est considéré comme le plus probable. 98 euros au lieu de 19,25 : c’est une multiplication par cinq !

Or, cette valeur joue un rôle très important, puisqu’elle détermine l’avantage économique du projet d’aéroport. Si elle était inférieure, il n’y aurait plus d’avantage économique, mais au contraire une perte.

Il faut retrouver le dossier d’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique, du projet d’aéroport du Grand Ouest Notre-Dame-des-Landes, réalisé en 2006 et ayant conduit au décret d’utilité publique pris en février 2008.

Les ingénieurs néerlandais de CE Delft ont-ils raison ? Où ont-ils trouvé le quadruplement de la valeur normale ?

Eh bien, dans le deuxième volume de la pièce F, page 97 (voir tableau ci-dessous)

Que veut dire ce tableau ? Qu’en 2025 (deuxième colonne), l’aéroport fait gagner 312 000 heures ce qui génère des « avantages » de 30,6 millions d’euros par an, soit plus de 900 millions sur trente ans.

On divise 30,6 millions par 312 000 et l’on voit que l’heure gagnée est valorisée à 98,10 euros.

Au lieu de 19,25 euros, si l’on suivait les instructions officielles du ministère des Transports.

Joli tour de passe-passe, non ?

Le quadruplement des chiffres, qui n’est pas justifié dans le texte, a une lourde conséquence : il permet de présenter comme économiquement avantageux un projet d’aéroport qui, si l’on avait suivi la méthode recommandée, serait apparu comme déficitaire.

Cette manipulation pose de nombreuses questions :

Qui l’a opérée ? A-t-elle été couverte par les autorités préfectorales de l’époque, dont le préfet Bernard Hagelsteen, qui travaille maintenant chez Vinci ? Pourquoi le Conseil d’Etat n’a-t-il pas vu ce manquement évident à la méthode officielle d’expertise ?

Et par ailleurs, et c’est essentiel : avant toute discussion, va-t-on reprendre l’expertise économique de ce projet, en écoutant tous les experts, et pas seulement ceux qui, pour des raisons qui restent à éclaircir, ont intérêt à présenter ce projet sous le jour le plus favorable ?

Tuesday, December 4, 2012

Comment ArcelorMittal fait plier tous les Etats qui lui résistent

Sur le même sujet» Florange : ArcelorMittal s'engage à investir 180 millions sur 5 ans» Ayrault dément formellement avoir passé un accord secret avec ArcelorMittal 

Arnaud Montebourg a perdu la bataille contre Arcelor Mittal. Mais il n’est pas le seul. La Belgique s’y pique aussi en ce moment même. Et l’Irlande en son temps. Il n’y a finalement guère que l’Afrique du Sud qui a réussi à tenir Lakshmi Mittal en respect. 

ArcelorMittal s’est ainsi fait roulé dans la farine par son fournisseur de minerai de fer, SIOC, dont il était pourtant l’un des actionnaires depuis 2001. A la faveur d’un changement de gouvernement, une nouvelle loi a fait passer, en 2010, les sous-sols sud-africains sous pavillon national. Et du jour au lendemain, Mittal a vu le prix de sa matière première, qu’il payait jusque-là à prix coûtant, s’envoler au prix du marché. Mais l’Afrique du Sud a vraiment nationalisé. Pas Montebourg.

Pour faire céder les Roumains, il fait appel à Tony Blair 

Hormis ce cas d’espèce, ArcelorMittal n’en a toujours fait qu’à sa tête avec les gouvernements. N’a-t-il pas obtenu, en 2002, de la plume de Tony Blair, une lettre adressée au Président roumain, Nastase, l’incitant fortement à céder une partie de sa sidérurgie en cours de privatisation (Sidex) à l’excellent Lakshmi Mittal ?

L’ancien Premier ministre britannique précisait même au Roumain qu’un tel geste serait très bien vu de l’Union européenne que son pays cherchait alors à intégrer. Deux mois auparavant, Lakshmi Mittal avait fait un don au Labour Party de 125.000 livres. Depuis, l’organisation anglaise Unlock Democracy évalue à plus de 5 millions de livres les donations du magnat indien au parti politique. Il figure au neuvième rang du classement des sponsors.

Christine Lagarde s'était elle-aussi rangée à l'argument de la conjoncture

En France aussi, il s’en sort toujours. Outre l’affaire Florange, ArcelorMittal s’était déjà tiré d’un fort mauvais pas : condamné par le Conseil de la concurrence en 2008 avec le "cartel de l’acier" à une amende colossale de 302 millions d’euros, Mittal avait porté l’affaire en justice. La Cour d’appel de Paris avait alors accordé une ristourne exceptionnelle au leader mondial de l’acier : sa facture ayant fondu à 42 millions. L’argument – déjà : une conjoncture trop dure pour l’acier. La ministre de l’Economie de l’époque, Christine Lagarde, s’était alors rangée à cet argument, ne jugeant pas utile de traîner le groupe en Cassation…

Finalement, confie un ancien cadre dirigeant du groupe : "Il n’y a que les banques et les partenaires commerciaux de Mittal qui peuvent le faire plier." Comme en Ukraine. Cette fois-ci, c’est une entreprise privée qui donne du fil à retordre à Mittal. Son premier concurrent, la société SKM, appartient à Rinat Akhmetov, un très proche du Président Viktor Ianoukovitch ! Résultat, le "bras de fer" rêvé par Arnaud Montebourg, est ici bien réel. Quand la France menace le groupe d’un redressement fiscal "astronomique" (1,3 milliard d’euros), ArcelorMittal ne daigne pas même le noter dans son rapport annuel.

Même en Ukraine, il n'a pas dit son son dernier mot 

"On négocie, on négocie" assure pourtant une proche du géant. Le fisc ukrainien, lui, ne discute pas et réclame 57 millions de dollars à Mittal pour fraude à la TVA. L’Indien de Londres la conteste, mais il ne la masque pas dans ses comptes. Et pour cause : les paris sur l’issue de la procédure judiciaire en cours ne sont pas en sa faveur. Mais Rinat Akhmetov n’use pas seulement de moyens légaux pour tordre le bras de Mittal. Un ancien raconte : "Akhmetov tient toute la logistique en Ukraine. Et Mittal a toutes les peines du monde à trouver des ports et des wagons pour ses matériaux."

Du coup, en décembre 2011, il est obligé de racheter Nikmet pour s’assurer "un accès à la mer" : 23 millions de dollars. Mittal avait pourtant misé déjà gros sur son unité ukrainienne, Krivoy Rog acquise en 2005 pour 4,8 milliards de dollars ! Mais Lakshmi Mittal n’a pas dit son dernier mot. Selon une dépêche de l’agence Interfax, le leader mondial de l’acier s’apprête à diviser par trois ses effectifs locaux (de 38.000 à 12.600). Le syndicat maison a appelé Viktor Ianoukovitch…

Sunday, December 2, 2012

Comment le gouvernement écoute ce qui se dit sur Twitter

Sur le même sujet» Du danger de vivre à l'écart des réseaux sociaux» Communication du gouvernement : Publicis gagne le gros lot 

Il n’y a pas que les entreprises qui s’intéressent à leur réputation sur internet. Le gouvernement scrute lui aussi les critiques dont il est la cible sur les réseaux en vogue, comme Twitter ou Facebook. C'est le SIG, le Service d'information du gouvernement géré par Matignon, qui est chargé de cette veille. Et pour ne rien rater, il recourt à des technologies permettant d'identifier les messages pertinents. L'une d'elle a été mise au point par la start-up Visibrain qui fait désormais partie des sous-traitants du SIG. Il s'agit d'un logiciel mouchard qui passe au crible tous les "tweets".

Objectif du gouvernement : prévenir les situations de crise et de mesurer l’impact d’une décision. "Ils veulent devancer les tendances données par les journalistes qui commentent les actions du gouvernement, et ce, heure par heure", explique Nicolas Huguenin, le co-fondateur de Visibrain. 

La vérité sur Twitter

"Ils ont accès au tableau de bord et ainsi à toutes nos données en temps réel. Ils sont en mesure de savoir ce qu’on disait sur le gouvernement entre 8h et 10h, par exemple", affirme Nicolas Huguenin. Twitter deviendrait-il le miroir par excellence de l’opinion des Français ? "C’est rare de voir des mensonges sur ce réseau, c’est pour cela que l’analyse est intéressante", avance le jeune chef d’entreprise.

Un intérêt pour le réseau Twitter que confirme le SIG. "Nous allons créer d’ici la fin de l’année un profil spécial pour le gouvernement", indique à Challenges Philippe Guibert le directeur nommé il y a deux mois à la tête de l’autorité. Pour l’instant, les comptes officiels sont ceux du Président (@Elysee), du premier Ministre (@Matignon) et des ministères. L’idée serait d’avoir un seul compte pour "tweeter" pour une présence plus officielle et "moins artisanale", précise Philippe Guibert.

Cellule spéciale de veille

Le SIG s’est en plus doté d’une nouvelle cellule d’écoute. "Nous avons trois personnes chargées en permanence et uniquement de la veille sur internet", confirme le patron du service d’information. L’organe de Matignon ne fait toutefois "aucun commentaire" sur ses prestataires - ils seraient plusieurs - spécialisés dans la veille.

La start up Visibrain mise en tout cas beaucoup sur ce créneau porteur et espère "convaincre d’ici peu tous les ministères". "Ca rend les politiques plus intelligents : ils réagissent mieux : avant ils n’étaient pas assez réactifs", relève Nicolas Huguenin.

Alors que François Hollande avait promis avant l’élection de réduire "la frénésie de commandes de sondage", - promesse tenue jusqu’à septembre -, la veille sur les réseaux sociaux pourrait bien devenir le nouvel outil indispensable des politiques.