Tuesday, November 27, 2012

Censure : RSF veut dissuader en publiant les contenus interdits

« Nous combattons la censure » : comme un mantra qu’on répète pour démontrer sa détermination à l’adversaire. « We fight censorship », c’est le nom d’un nouveau site lancé par Reporters sans frontières (RSF). Un nouvel outil au service de la liberté d’information.

En ligne depuis ce mardi matin, We fight censorhip est conçu comme une arme de dissuasion. Il publiera en effet des contenus interdits, censurés ou qui ont valu des représailles à leurs auteurs. Christophe Deloire, directeur général de RSF :

« Si vous êtes un pouvoir, d’Etat ou sous une autre forme, et que vous voulez empêcher la diffusion d’une information, on fera en sorte, précisément grâce à la publication de cette information et aux relais qu’elle recevra, de lui donner un écho encore plus grand, qui devrait vous dissuader d’exercer la censure. »

Cette dissuasion repose sur deux piliers : la diffusion massive de l’information par des « sites miroirs » et « l’effet Streisand ».

Grégoire Pouget, chef de projet à RSF, explique que « le site a été taillé pour être copié » :

« Bloquer un site, c’est très simple. Par contre, en bloquer dix, quinze ou vingt, c’est beaucoup plus compliqué. L’idée, c’est que n’importe qui puisse créer une copie du site, pour que l’information soit diffusée par capillarité.

Un site sera peut-être bloqué, mais entre le moment où l’information est diffusée et le moment où elle atteint des autorités qui veulent la censurer, le message est passé. Et l’information est toujours présente ailleurs. »

Un tutoriel est accessible sur le site, afin que chaque « Netcitoyen » puisse, lui aussi, « combattre la censure ». RSF fournira aux internautes qui le désirent les scripts permettant de dupliquer le site, dont les failles ont été testées par un groupe de hackers. Le recours à des sites miroirs pour limiter les possibilités d’attaques n’est pas nouveau. Grégoire Pouget :

« Ce qui est nouveau, par contre, c’est qu’une ONG connue comme RSF utilise ce moyen. »

La pratique fait immanquablement penser à WikiLeaks. Mais RSF assure que leur démarche ne lui ressemble en rien : tous les contenus publiés seront choisis par un comité éditorial, après des recherches sur les informations et leurs auteurs grâce à un réseau de 150 correspondants dans 130 pays, et accompagnés d’un texte de contextualisation. Aucun « document brut » ne sera mis en ligne.

En revanche, We fight censorship diffusera également des contenus jamais publiés ailleurs.

L’intégralité de la conférence de presse de présentation de wefightcensorship.org

Interventions en vidéoconférence de journalistes, dessinateurs de presse et blogueurs étrangers victimes de censure

C’est le principal espoir que Reporters sans frontières place dans ce projet : plus on cherche à dissimuler une information, plus les internautes veulent y avoir accès. La censure entraînerait donc, malgré elle, la propagation des informations « indésirables ».

Le phénomène porte le nom de la chanteuse américaine Barbra Streisand. En 2003, celle-ci avait attaqué le site Pictopia.com, qui avait publié une photo aérienne de son domicile. Les internautes s’étaient alors massivement rendus sur le site : 420 000 visites en un mois.

Pour Chistophe Deloire, l’objectif ultime de RSF est de rendre la censure « caduque » :

« On cherche à rompre l’équilibre selon lequel Internet est à la fois un formidable outil de libération et un redoutable outil de contrôle. Il est nécessaire que l’aspect libération l’emporte. »

Il est également possible de proposer, pour publication sur la plateforme, ses propres contenus, de manière anonyme et sécurisée. Avec ce projet, RSF est par ailleurs dans « une logique pédagogique » : un « kit de survie numérique » est disponible, où il est question de VPN (réseau privé virtuel), de confidentialité des e-mails et de cryptage de fichiers.

Lucie Morillon, directrice de la recherche et des nouveaux médias chez RSF :

« Nous avons l’intention d’en faire un site porté par les internautes, qui pourront dupliquer le site, diffuser l’information sur les réseaux sociaux, proposer la traduction de contenus dans des langues rares... »

Reporters sans frontières rappelle que 155 journalistes et 130 Netcitoyens sont en détention dans le monde. Dans son dernier classement de la liberté de la presse, l’Erythrée, la Corée du Nord et le Turkménistan étaient bons derniers. la France, elle, occupe la 38e place.

Le juge Thiel appelle l’Etat à cesser d’être « velléitaire » en Corse

Gilbert Thiel à Nantes, le 20 janvier 2012 (SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA)

Chargé des dossiers corses au pôle antiterroriste de Paris depuis quinze ans, le juge Gilbert Thiel répondait ce lundi matin aux questions de Pascale Clark sur France Inter.

Connu (et placardisé) pour sa liberté de ton, le magistrat réagit à la visite de Manuel Valls et Christiane Taubira sur l’île. Les deux ministres sont venus annoncer plusieurs mesures pour lutter contre la criminalité organisée en Corse :

le renforcement du pôle économique et financier du tribunal de Bastia ; la création d’une « cellule corse » à Matignon ; la fin de la « guerre des polices » qui pose problème dans le déroulement des enquêtes ; l’envoi de quatorze fonctionnaires spécialisés dans la lutte contre la délinquance économique.

Constatant « la violence récurrente dans cette île » (dix-huit meurtres depuis le début de l’année), Gilbert Thiel s’en prend aux déclarations de principe jamais suivies d’effets en Corse :

« Les espoirs mis dans certaines réformes n’ont pas été à la hauteur des défis qu’on était censés relever. [...]

On a créé, un an après l’assassinat du préfet Erignac, un pôle économique et financier au tribunal de Bastia. On a appris récemment qu’il ne restait plus qu’un magistrat instructeur et un substitut chargé de ces affaires. »

Christiane Taubira devrait créer « deux postes de magistrats » supplémentaires dans cette juridiction, reprend Pascale Clark. Mais le juge insiste :

« J’ai parfois l’impression que l’Etat réagit de manière un peu vélléitaire, réagit un peu comme l’opinion publique, à l’émotion. Or, il n’y a que la constance des services répressifs de l’Etat qui peut faire reculer à terme ces maux absolument endémiques. »

Les assassinats récents – l’avocat Antoine Sollacaro, le président de la chambre de commerce, un entrepreneur du BTP – ont remis en lumière les défaillances de l’Etat en Corse. Le 17 novembre, le professeur en sciences politiques Xavier Crettiez tentait de l’expliquer sur Rue89 :

« Les services de l’Etat sont restés longtemps focalisés sur les mouvements nationalistes. Il n’est pas exclu qu’ils aient laissé se développer le banditisme en ne le mettant pas suffisamment vite sous surveillance. [...]

On pourrait penser que la déficience traditionnelle de la police française, qui est dans la police de proximité, ne s’applique pas. Au contraire, c’est la police judiciaire, les services de renseignement qui sont à l’œuvre et qui devraient être beaucoup plus efficaces. Or, ce qui est frappant, c’est qu’aucun des assassinats récents n’a été élucidé. »

Officiellement, le taux d’élucidation des crimes est de 55% en Corse. « On est loin du compte », estime pourtant le juge Thiel, rappelant que presque aucun assassinat n’a été résolu ces dernières années.

Une nouvelle fois, il met en cause le manque de moyens, qui empêche de réellement protéger les témoins et surcharge les magistrats :

« Il y a à Marseille huit juges à la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS). Il y a eu 24 assassinats à Marseille cette année et 18 en Corse. Je ne compte pas les tentatives d’assassinats, les extorsions de fonds, les vols avec armes. »

En mars 2012, le livre « L’Espion du Président » mettait aussi en cause les services de renseignement, alors dirigés par Bernard Squarcini, dans la mauvaise gestion des affaires corses.

Google mobilise les internautes contre le gouvernement allemand

Sur le même sujet» Nous avons testé le Nexus 4 de Google» Comment Google a colonisé les smartphones» Bercy réclame 1,7 milliard d'euros à Google
Le moteur de recherche Google a lancé mardi 27 novembre une campagne contre le projet de loi du gouvernement allemand visant à mieux protéger la propriété intellectuelle des éditeurs de presse sur internet.
Alors que les parlementaires allemands doivent examiner jeudi un texte qui entend garantir aux éditeurs de presse "une participation juste" aux profits engrangés par les moteurs de recherche, Google interpelle directement ses utilisateurs sur la page d'accueil allemande de son outil de recherche.
"Veux-tu toi aussi trouver à l'avenir ce que tu cherches ? Participe: défends ton réseau", indiquait un lien qui renvoyait vers une vidéo du groupe américain affirmant que depuis plus de 10 ans, les internautes allemands peuvent trouver sur Google "ce qui fait bouger leur vie", mais qu'un "projet de loi entend changer cela".
Les utilisateurs de Google y sont appelés à interpeller leurs parlementaires pour faire barrage à ce projet de loi - surnommée "Lex Google" par ses détracteurs - qui vise principalement le service "Google actualités" du géant américain.
Commissions des portails de recherche
Le texte adopté fin août par le gouvernement allemand avait été réclamé par les grands groupes de presse allemands comme Axel Springer et Bertelsmann.
Il reconnaît aux éditeurs le droit exclusif de publier sur internet des articles de presse à des fins commerciales et oblige les portails de recherche à leur reverser des commissions.
"La plupart des citoyens n'ont encore jamais entendu parler de cette proposition de loi (...) bien que celle-ci pourrait concerner tous les internautes en Allemagne", a expliqué dans un communiqué le patron de Google Allemagne, Stefan Tweraser.
D'après lui, cette loi entraînerait une diminution de l'offre d'informations proposée aux citoyens, et une hausse des coûts pour les entreprises.
Il a rappelé que ce projet de loi a été rejeté en Allemagne par des acteurs économiques, scientifiques et des experts de la Toile.
La Fédération des hautes technologies Bitkom avait notamment accusé le gouvernement de faire "cavalier seul" en envoyant un message erroné aux acteurs de l'internet et aux investisseurs qui pourraient y voir une mise à l'index des services en ligne en Allemagne.
(Avec AFP)

Bataille à l’UMP : notre fillonisme inconscient

C’est grave, docteur ? Au dixième jour, lémédias dégainent les médecins. Le « Grand Journal » a convié un psy, prié de délivrer son diagnostic sur les duettistes de l’UMP. Et sur France Inter, Hélène Jouan sollicite Bernard Accoyer, non pas l’ancien président de l’Assemblée, mais l’ORL qu’il est aussi (« Les oreilles, c’est pas très loin du cerveau » explique-t-il), de passer au scanner le cerveau des forcenés.

Sans vouloir nous vanter, on était sans doute les premiers à insister sur l’aspect médical de l’affaire, et je ne saurais trop vous conseiller de regarder la chronique de Sébastien Bohler, sur Copé, ce « punisseur altruiste ».

Tiens, à propos des mystères du cerveau, une bizarrerie. Prenons un propriétaire de cerveau non adhérent à l’UMP, penchant plutôt à gauche, qui, a priori, n’a aucune raison de manifester une préférence entre Copé et Fillon. Exposons-le au feuilleton. Que constatera-t-on ? Qu’il se surprendra, secrètement, presque malgré lui, à l’insu de son plein gré, à ressentir de l’empathie pour Fillon.

D’ailleurs, même si l’on serait bien en peine de le démontrer scientifiquement, parce que cela tient à l’emploi d’un adjectif plutôt que d’un autre, à la sélection de telle information plutôt que de telle autre, la tonalité médiatique générale, me semble-t-il, est plutôt filloniste.

Exemple. Une dépêche de l’AFP affirmait lundi soir, sur la foi de « sources concordantes », que Sarkozy serait favorable à un nouveau vote, position servant évidemment Fillon. Et tout le petit monde commentateur de reprendre dans la minute.

A la lecture, ce mardi matin, de l’article du Figaro, signé du sarkologue hors catégories Charles Jaigu, la position de l’« Ex » est bien plus tortueuse. Certes, lors de leur déjeuner de lundi, il aurait concédé à Fillon qu’il faudrait revoter, mais pas tout de suite, car « Jean-François n’acceptera jamais ». Plus tard, bien plus tard, quand les choses se seront apaisées. C’est-à-dire jamais. Mais bizarrement, cette nuance dans la position prêtée à Sarkozy a été bien moins reprise que la dépêche AFP plus « fillonnienne ».

Pourquoi ? Quels pourraient être les ressorts de cette préférence inconsciente ? Politiques ? Cela n’aurait aucun sens. Tous deux ont soutenu, porté jusqu’au bout la politique de Sarkozy, et la politique effective d’un président Fillon aurait sans doute bien peu de différences avec celle d’un président Copé.

Stratégiques ? Stratégiquement, par exemple, un électeur socialiste devrait plutôt se réjouir de voir une UMP copéïenne, qui dégagera au PS un boulevard électoral. A l’inverse, une UMP filloniste, elle, ouvrirait un espace plus large au FN.

Bref, il faut bien en revenir, faute de mieux, à de bêtes facteurs humains, à l’image « humaine » que dégage chacun des deux : Copé, on ne l’aime pas. Point final. Ce qui, on en conviendra, est un peu court pour argumenter une préférence. Mais le cœur a ses raisons.