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Thursday, December 13, 2012

Laurent Berger-François Chérèque : cherchez les 7 différences

Sur le même sujet» Chérèque: "il faut taxer le capital"» François Chérèque refuse de devenir "Dieu le père" 

Le passage de relais a eu lieu mercredi soir. Le bureau national de la CFDT a élu Laurent Berger, 44 ans, pour succéder à François Chérèque, 56 ans, à la tête d’un des deux plus gros syndicats de France, avec 860.000 adhérents.

Leurs points communs ont été maintes fois décrits : même vision du syndicalisme - du terrain et des réformes-, même proximité avec l’ex-patronne de la CFDT Nicole Notat, même caractère chaleureux, même dose d’humour… Mais quels sont leurs différences ? "30 kilos", répond le baraqué Chérèque. "Challenges" en a trouvé sept autres. 

1/ Les origines familiales

Laurent Berger, 44 ans, est issu d’un milieu populaire. Son père était soudeur aux chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire et sa mère auxiliaire de puériculture. François Chérèque, 56 ans, lui, est tout à la fois fils d’ouvrier et fils de ministre. Son père, Jacques Chérèque, était sidérurgiste à l’usine de Pompey, en Meurthe-et-Moselle, avant de devenir numéro 2 de la CFDT puis ministre délégué à l’Aménagement du territoire sous le gouvernement Rocard.

2/ Les idées politiques

"Laurent Berger ce n’est pas François Chérèque, il est plus proche de la tradition ouvrière", analyse Stéphane Lardy de FO. Il a en effet été responsable de la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc). Au Medef, Benoît Roger-Vasselin qui a négocié avec Laurent Berger les contrats de génération dit de lui : "On le décrit plus à gauche et un peu plus revendicatif que François Chérèque, mais il est aussi plus attentif dans la forme, moins brut de fonderie. Et ils ont en commun une vraie loyauté." Le nouveau secrétaire général est aussi très sensible aux idées écolo.

3/ Le recours à la langue de bois

"J’ai du mal avec le Français", rigolait François Chérèque il y a quelques années, faisant allusion à ses problèmes de syntaxes et d’élocution. Mais plus les années ont passé, plus il s’est affranchi de la langue de bois pour parler librement. En revanche, plus la pression a augmenté sur les épaules de Laurent Berger, plus il a brillé dans l’utilisation de la langue de bois. Mais pour ce syndicaliste, habituellement franc du collier, cela pourrait n’avoir qu’un temps.

4/ Les relations avec la CGT

Entre François Chérèque et Bernard Thibault, il y a eu des hauts et des bas. Une période glaciale a suivi la réforme des retraites de 2003 approuvée par la CFDT au grand dam de la CGT. Ensuite, la réforme de la représentativité syndicale en 2008 puis la lutte contre la nouvelle réforme des retraites en2010 ont fait croire à un grand amour. Et de nouveau les relations se sont distendues quand des membres de la CGT se sont rapprochés de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle ou quand, à la rentrée, Bernard Thibault a reproché à la CFDT d’être trop proche du Medef.

Le changement de génération pourrait réchauffer les relations. Thierry Lepaon, 52 ans, prendra les rênes de la centrale de Montreuil au Congrès de mars. Même si les relations entre les deux centrales ne sont pas qu’une affaire de personnes, son caractère plus convivial pourrait contribuer à de bonnes et fructueuses relations avec Laurent Berger.

5/ Le sujet qui les touche le plus

En tant qu’ancien éducateur spécialisé, François Chérèque se dit sensible à une certaine forme d’exclusion – les salariés handicapés ou atteints de maladie -, mais il fait partie d’une génération relativement peu confrontée à la précarité salariale. A l’inverse, Laurent Berger a connu le chômage et, surtout, a travaillé dans une association d’insertion à Saint-Nazaire. Il devrait alors prendre davantage en compte la fracture salariale : entre ceux qui bénéficient du nouveau graal qu’est devenu le CDI et ceux qui enchaînent contrats précaires et périodes de chômage.

6/ Le mode de communication

"Les réseaux sociaux, je ne suis pas dedans", reconnaît François Chérèque. Charge à Laurent Berger, plus à l’aise avec les dernières technologies numériques, de faire évoluer la communication de la CFDT. "Inévitablement, avec le changement de génération, il y aura un changement de style", constate le plus âgé.

5/ Leurs préférences sportives

L’un est fan du ballon ovale. Tous les lundis matin, l’humeur de François Chérèque dépend en effet des scores des matchs de rugby du week-end et surtout de celui du club de Grenoble, dirigé par son frère Marc. L’autre, qui déjà a un caractère plus égal, en pince davantage pour le foot.

 

Saturday, December 8, 2012

Laurent compose des musiques de jeux vidéo pour 3000 € par mois

Laurent Ziliani (DR)

En voyant le salaire de Laurent Ziliani, on se dit que le business des jeux vidéo ne connaît pas la crise. Précarité, dépôt de bilan : tout n’est pourtant pas rose au pays du « game-play ».

« C’est un sujet sensible au sein de la profession, mais un compositeur de musique de jeux vidéo n’est payé qu’une fois en amont, et ne touche donc pas de redevance Sacem. Il faut alors pouvoir travailler continuellement pour garder un salaire correct. »

Diplômé d’une école spécialisée dans les musiques de film, basée à Los Angeles, Laurent, fan du compositeur John Williams, a rapidement trouvé un premier emploi dans la ville californienne en tant qu’assistant compositeur pour le cinéma et la télévision. Passionné de musique de jeux vidéo, il profite d’une opportunité pour mettre un pied dans le secteur.

Laurent, 35 ans, a conscience de bien gagner sa vie, mais il est toujours au bord du rien et cumule les emplois :

« La télévision apparaît comme une source de revenus plus stable, car elle donne lieux à des royalties – d’autant plus si l’émission pour laquelle vous avez la chance de faire la musique est diffusée sur des chaînes nationales à des heures de grande écoute. Composer pour des librairies musicales est également un moyen d’assurer un niveau minimal de redevances, et donc de revenus réguliers. »

Pourtant, à l’heure où tout paraît possible grâce aux développements technologiques, le secteur des musiques pour jeux vidéo semble extrêmement prolifique : de plus en plus variées et élaborées, les musiques de jeux vidéo font aujourd’hui l’objet d’un véritable culte dans certains milieux.

C’est justement ce paradoxe que tente d’expliquer Laurent :

« Le marché est très porteur. Avec l’arrivée massive des smartphones, le nombre de jeux a explosé. On n’a jamais eu besoin d’autant de musique, et donc d’autant de compositeurs. »

Cela se ressent fortement en termes de financement :

« Les budgets de jeux vidéo majeurs comme “Call of Duty” ou “Grand Theft Auto” sont tels que les producteurs se tournent vers des compositeurs établis de musiques de films (et vice versa). De nombreux jeux vidéo ont maintenant un budget qui leur permet d’enregistrer avec des musiciens, ce qui relève le niveau de qualité sonore par rapport aux sons des années 80 et 90. »

Une technologie pointue qui entraîne forcément d’importants investissements matériels :

« La qualité d’un compositeur est malheureusement aussi liée à la qualité de son équipement. Les achats d’ordinateurs puissants avec des logiciels appropriés, d’enceintes de haute qualité et d’une grande collection de sons sont essentiels. Il faut également une pièce acoustiquement adaptée où placer tout cet équipement. Cette pièce doit pouvoir accueillir un réalisateur ou un producteur. »

Reste tout de même un détail à régler : trouver du travail et enchaîner les missions.

« Depuis 2008, je travaillais sur quelques jeux comme orchestrateur ou assistant compositeur, mais j’ai vraiment fait le grand saut en 2011 en travaillant sur “Resident Evil 6”. J’ai également composé l’an dernier la musique d’un jeu japonais pour iPhone. »

Thème musical de « Resident Evil 6 »

Malgré cette expérience au sein d’un blockbuster du jeu vidéo, Laurent n’a aucune garantie et limite les imprévus :

« La plupart des compositeurs travaillent à leur propre compte. C’est dans la nature de la profession d’être sans cesse en train de chercher un travail. [...]

Il aura fallu environ un an et demi de travail intermittent pour faire la musique de “Resident Evil 6”. Cela inclut des périodes creuses pendant lesquelles je dois donc jongler avec d’autres activités musicales pour remplir les trous, par exemple des courts-métrages, des orchestrations ou des publicités. »

Les conditions de composition ne sont jamais les mêmes : le client souhaite-il un orchestre ? Prend-il en charge les frais d’enregistrement ? A-t-il l’intention d’utiliser la musique en dehors du jeu vidéo ? Autant de questions quotidiennes qu’un compositeur doit se poser.

Pour en vivre, il faut donc s’adapter :

« Un budget musical comporte bien entendu le paiement des musiciens, des mixeurs, les droits d’utiliser telle ou telle chanson… et le cachet du compositeur. J’essaie donc constamment de m’adapter aux moyens de mes clients, dans la limite du raisonnable.

Pour des jeux vidéo de la taille de “Resident Evil 6”, dans lesquels la musique joue un rôle prépondérant, on reçoit environ 764 euros par morceau original d’une durée moyenne de deux minutes. Mais il faut savoir qu’un jeu vidéo de cette taille comporte plus de 100 titres. »

Laurent évoque le manque de reconnaissance dont souffre sa profession : tandis que les compositeurs pour le cinéma profitent aisément du statut de star ou se complaisent dans une image hautement artistique, les compositeurs pour jeux vidéo attendent le jour où leur profession sera pleinement considérée comme un art et pas juste un paradis pour éternels ados :

« Il y a des raisons techniques à cela : la musique d’un jeu n’est pas imposée, mais choisie par le joueur qui peut l’interrompre à tout moment. De plus, la durée de vie d’un jeu vidéo est très limitée. Si un classique du cinéma peut être revu 20 ou 50 ans plus tard, un jeu vidéo, lui, devient vite obsolète.

Ainsi, si la musique de films a gagné ses lettres de noblesse, la musique de jeux vidéo reste mésestimée, voire méprisée. Je crois toutefois que les choses évoluent, si l’on en juge par la multiplication de concerts de musique de jeux vidéo. »

Les chiffres en euros présentés dans cet article tiennent compte du taux de conversion entre dollars US et euros à la date du 5 décembre 2012.

Salaire : environ 3 000 euros par mois

Le salaire de Laurent, freelance, dépend de ses clients et est très irrégulier :

« Je dirais qu’un salaire d’environ 3 000 euros représente un mois correct. C’est très variable. Cela dépend du produit final et des conditions offertes. Une difficulté supplémentaire réside dans le fait qu’il faut certes savoir trouver du travail, mais aussi en refuser pour ne pas se retrouver surchargé aux moments critiques. »

Les dépenses fixes de Laurent

« Se loger à Los Angeles est assez cher, les loyers ne sont pas très éloigné des prix parisiens. Je paye 765 euros par mois. »

Mais Laurent ne regrette pas d’être resté à Los Angeles :

« Il y a nettement plus d’opportunités professionnelles, même si le nombre de compositeurs est très, très élevé et donc la concurrence féroce. »

Taxe d’habitation : 0 euro par mois

« Il n’y a pas exactement d’équivalent ici... »

« Je paie mes impôts en France. Par exemple, l’an dernier, mes sources de revenus principales provenaient de France et du Japon. Les impôts au Japon sont prélevés à la source, et grâce à une convention entre le Japon et la France, je n’ai pas à payer les impôts deux fois.

Je suis toutefois redevable pour les revenus étrangers de la Contribution sociale généralisée (CSG), de la Contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et la Sécurité sociale que je paie à travers la Sécurité sociale des auteurs (Agessa).

En revanche, par comparaison, un compositeur qui gagne environ 38 000 euros par an devra payer 22% d’impôts [environ 8 400 euros, ndlr] aux Etats-Unis. En ce qui me concerne, je n’ai payé que 400 euros d’impôts l’an dernier. »

« Aux Etats-Unis, l’assurance maladie pour une personne célibataire, jeune et en bonne santé, s’élève à environ 153 euros par mois. Cela n’inclut en général pas les soins ophtalmologistes et dentaires.

Les compositeurs américains n’ont pas de syndicat ni de caisse d’assurance maladie systématique ; nombreux sont ceux qui, parmi les débutants, n’ont donc pas la moindre couverture médicale. Le système français est de ce point de vue infiniment meilleur.

Ici, je n’ai pas d’assurance car celle que je souhaite me reviendrait à 3 000 euros par an ; actuellement, cela m’est impossible. »

Assurance (logement) : 32 euros par moisFrais bancaires : environ 5 euros par mois

« Je paie 8 euros par an pour la banque américaine et presque 50 euros pour la banque française. A cela s’ajoutent environ 2% de frais si je dois faire un virement d’une banque à l’autre, ce que j’essaie d’éviter au maximum. »

Téléphone mobile : 60 euros par moisInternet : 42 euros par mois

« Internet est absolument essentiel pour échanger les fichiers avec les différentes équipes autour du monde, les monteurs et les mixeurs. Il faut donc une connexion rapide et fiable. Internet est plus cher aux Etats-Unis qu’en France pour des performances assez moyennes. Ma connexion de 20 Mbps est facturée environ 42 euros par mois, et cela ne comprend ni télévision, ni téléphone. »

Gaz et électricité  : 51 euros par mois

« Je paie 76 euros par mois d’électricité, que je partage avec mon associé. Mais il faut également rajouter 13 euros de gaz. »

« J’ai souscrit un prêt pour une voiture, que j’ai pu rembourser en quatre ans à un taux élevé d’environ 8% par an. Les Américains sont habitués à vivre à crédit, et l’historique de leurs crédits joue un rôle important pour louer un appartement ou obtenir un prêt à bon taux. »

Investissements matériels : environ 180 euros par mois

« Chaque compositeur fait avec ses moyens, mais pour avoir un niveau professionnel, on ne peut pas investir moins de 15 000 euros pour commencer. J’ai la chance de travailler avec un associé, ce qui nous permet de réduire les coûts. Ces frais seraient à peu près les mêmes en France. L’an dernier j’ai acheté un nouvel ordinateur pour 1 375 euros ; j’ai également dépensé environ 765 euros en logiciels, disques durs et accessoires. »

Les dépenses variables de Laurent

Alimentation : à peu près 300 euros par mois

« La nourriture est assez bon marché, en particulier fruits et légumes. Aller au restaurant coûte moins cher qu’en France en général, il est encore possible de manger correctement pour moins de 12 euros. »

Transports : environ 190 euros par mois

« A Los Angeles, la voiture est malheureusement indispensable. Si le coût du carburant reste encore faible par rapport à la France (0,85 euro par litre), les distances à parcourir sont considérables en raison de l’étendue de la ville. L’assurance automobile dépend de beaucoup de facteurs, et peut varier en moyenne de 530 à 1 900 euros par an. Moi je paie 57 euros par mois, plus autour de 120 euros d’essence. Et j’ai payé cette année 115 euros de garagiste. »

Loisirs : environ 80 euros par mois

« Aller au cinéma est assez cher, entre 9 et 12 euros en fonction des films, et selon qu’il s’agisse d’un film en 3D ou pas. Il n’y a, hélas, pas de carte illimitée. Tout ce qui est concert, opéra, et théâtre est également assez cher, mais à des prix comparables à la France. »

- Sorties : autour de 30 euros par mois

Laurent sort peu :

« J’y consacre environ 230 euros par an. Plus 150 euros pour le cinéma. »

- Achats de CD, DVD et autres : 20 euros par mois

« Malheureusement, je n’achète plus de films. Je suis inscrit à Netflix et Hulu Plus pour un total de 12 euros par mois. Quand j’achète de la musique, c’est essentiellement sur iTunes, et ça ne dépasse pas les 30 euros par an.

Je dois écouter beaucoup de musique de référence pour mon métier, mais la plupart des gens m’envoient des liens YouTube, et c’est devenu mon premier réflexe lorsque je recherche une chanson en particulier.

J’achète aussi quelques bouquins et partitions, mais ne dépense pas plus de 75 euros par an. »

- Abonnement à un centre de fitness : 27 euros par mois

« Je rentre en France une fois par an à peu près, le prix du voyage est d’environ 760 euros. Je fais parfois un deuxième voyage, plus près, si le budget le permet. »

Vêtements : 12,50 euros par mois

« Le minimum nécessaire. Les vêtements sont très bon marché, et je m’habille pour moins de 150 euros par an. »

Visa : 2 300 euros cette année, soit 192 euros par mois

Quand on fait la différence entre revenus et dépenses, on remarque un écart de près de 1 000 euros. Laurent ne tient de comptes précis et évoque des dépenses ponctuelles qu’il ne peut pas chiffrer exactement :

? « Il y a eu quelques restaurants, un ou deux concerts, des câbles USB, une cartouche d’encre, un ou deux bouquets de fleurs et petits cadeaux, le renouvellement du domaine internet et de l’adhésion à ma société de compositeurs, quelques contraventions pour avoir mal lu les signes de parking, l’achat (150 euros je crois) d’une accréditation pour un festival de TV, la laverie automatique, des produits de nettoyage, un fer à repasser, un petit chauffage portatif, un ventilateur, des nouveaux essuies-glace... »

« Dans mes conditions actuelles de revenus, pas du tout, hélas. Impossible d’épargner car je gagne à peine ce qu’il faut pour vivre et payer tous mes frais, mais j’aimerais bien entendu pouvoir le faire, et dans l’idéal acheter une maison le jour où mes revenus me le permettront.

Pour l’instant, je souhaite rester à Los Angeles quelques années de plus ; je n’exclus pas de rentrer en France à un moment donné, mais c’est plus un choix de style de vie qu’autre chose. »